Défence nationale
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Ordres permanents - Chapitre 10
Le Régiment royal de l’Artillerie canadienne, de 1793 à 1998

1001. Introduction

1. Ce document vise à fournir au lecteur un aperçu de l’histoire du Régiment de l’Artillerie canadienne. L’ouvrage d’histoire régimentaire officiel est The Gunners of Canada, cité à la référence A. Cette œuvre du Colonel G.W.L. Nicholson est plus qu’une brillante histoire. Elle rappelle à tous les artilleurs canadiens la « tradition de grande fermeté et de service dévoué » que requiert le Régiment royal. Nous espérons que ce bref coup d’œil à l’histoire du Régiment royal vous encouragera à approfondir vos études, qui devraient nécessairement inclure The Gunners of Canada comme référence. Vous trouverez à l’annexe A du présent chapitre l’histoire abrégée de chacun des régiments en service, des batteries autonomes et de l’école d’artillerie.

2. L’étude de l’histoire du Régiment royal révèle trois points très importants que le lecteur ne doit pas oublier. Il y a premièrement l’interaction entre le canonnier de la Réserve (ou de la Milice) et son homologue de la Force régulière. L’artillerie de la Force régulière contribue à l’instruction du canonnier de la Milice, rôle important qu’elle accomplit en temps de paix. Deuxièmement, les Canadiens semblent avoir une aptitude particulière pour la canonnerie. Nous aimons la compétitivité et la bonne canonnerie est compétitive : depuis la course contre la montre, pour se préparer, à la course pour voir quel canon sera hors d’action en premier lorsque l’ordre de « cesser le feu » est lancé. Nous aimons l’exaltation et le défi personnel et la canonnerie nous les sert. Troisièmement, les meilleurs canonniers ne considèrent pas la canonnerie comme un travail. Pour des hommes comme le Major-général T.B. Strange, le Major-général C.W. Drury et le Général A.G.L. McNaughton, l’artillerie représentait plus qu’un travail. Ces hommes étaient des professionnels dévoués à la profession de servir les canons, faisant progresser l’organisation et l’expertise technique du Régiment royal et incitant la confiance et la haute estime des autres armes de l’artillerie.



1002. Inscription au drapeau et couleurs

1. Le Régiment royal de l’Artillerie canadienne a deux devises : Ubique (Partout) et « Quo Fas et Gloria Ducunt » (Où le droit et la gloire nous mènent). La première devise Ubique remplace tous les honneurs de guerre, en reconnaissance du service rendu par l’artillerie dans toutes les batailles et campagnes. Cet honneur a été approuvé en 1926 par Sa Majesté le roi George V qui, en 1920, honore l’ARC en devenant son colonel commandant honoraire et plus tard, en 1929, son colonel en chef. En 1952, Sa Majesté le roi George VI devient capitaine général du Régiment royal de l’Artillerie canadienne. Aucun autre corps canadien ne peut prétendre à cette distinction, que Sa Majesté la reine Elizabeth II continue de lui accorder.

2. Autrefois, les régiments de la cavalerie et de l’infanterie avaient l’habitude de se rallier à leur drapeau au combat. L’artillerie, après avoir cessé de porter un drapeau, se rallie à ses canons Après la guerre de Crimée, la reine Victoria accorde à l’Artillerie royale la distinction d’utiliser ses canons comme drapeau. Voici une citation intéressante d’un ancien règlement à ce sujet : Regulation and Orders for the Active Militia of the Dominion of Canada 1870: [traduction libre] Une batterie d’artillerie et ses canons est équivalente à un bataillon et ses drapeaux; il faut lui accorder le respect et les honneurs auxquels elle a droit.



1003. La première artillerie milicienne, 1636-1870

1. La tradition du « soldat citoyen » date du plus ancien peuplement de ce pays. La couronne française ne fournit de soldats réguliers au Canada qu’en 1665. Dès 1636, on note l’organisation de la Compagnie des Cent-Associés pour se protéger contre les Indiens. La compagnie obtient quelques pièces d’artillerie de navires arrivant dans la colonie. Même après l’arrivée du Régiment Carignan-Salières en 1665, ce sont les pionniers qui s’occupent des canons et de la canonnerie sous la direction de soldats d’infanterie. Les canons ne sont pas efficaces dans la guerre contre les Indiens, vu la difficulté à les déplacer sur des routes dans un état déplorable. Ils servent plutôt à défendre les centres établis. C’est à Québec en 1690 que l’utilisation de l’artillerie par les Canadiens s’avère vraiment utile pour la première fois. Les pionniers servent les batteries de tir sous la direction de Jacques Le Moyne, officier Canadien, et concourent efficacement à repousser l’attaque de la ville par sir William Phipps.

2. La présence de l’Artillerie royale au Canada remonte au moins à 1745 quand un train de l’Artillerie royale s’arrête à Louisbourg après la capture de celle-ci cette année-là. Elle joue une part éminente dans les batailles contre les Français pour contrôler le pays. Depuis la conquête jusqu’en 1855, ce sont les soldats réguliers britanniques casernés ici qui s’occupent principalement de la défense du Canada, mais comme les Français, ils doivent compter sur l’aide des Canadiens. Tous les hommes canadiens de 16 à 60 ans peuvent être appelés pour le service militaire en cas d’urgence. Les Canadiens servent de 1775 à 1776, durant la guerre de 1812 et lors des rébellions de 1837. Toutefois, l’engagement des Canadiens se limite en général à un rassemblement annuel. L’enthousiasme varie d’un endroit à l’autre et certaines localités organisent leurs propres unités de milice. Une de ces unités, « The Loyal Company of Artillery », est formée en 1793 à Saint-John, au Nouveau-Brunswick. Cette unité est perpétuée à Saint-John aujourd’hui par le 3e Régiment d’artillerie, RCA. Le Colonel Nicholson fait remarquer que cette unité [traduction libre] « n’est pas seulement la plus ancienne unité d’artillerie du Canada, mais aussi la troisième des plus anciennes du Commonwealth britannique ».

3. La Militia Act (ou la Loi sur la Milice) de 1855, adoptée par le Parlement des provinces unies du Canada, représente un jalon dans l’histoire militaire canadienne. Confrontés au retrait des troupes britanniques pour la Crimée, les Canadiens doivent maintenant s’occuper plus activement de leur propre défense. La Militia Act prévoit la création d’une force de cinq mille hommes dotée d’une artillerie de sept batteries. Les batteries doivent s’entraîner pendant vingt jours par an dont dix forcément consécutifs. Elles sont formées à Québec, à Ottawa, à Kingston et à Hamilton. Trois de ces unités sont perpétuées par des batteries servant aujourd’hui comme sous-unités de régiments d’artillerie de campagne : la 2e Batterie de campagne à Ottawa, la 7e Batterie de campagne à Montréal et la 11e Batterie de campagne (Hamilton-Wentworth) à Hamilton.

4. Entre 1855 et la Confédération, en raison de la guerre de Crimée, de la guerre de Sécession et des menaces, réelles ou imaginées, que cette dernière représente pour le Canada, les affaires militaires continuent de susciter un grand intérêt. Lors de l’invasion des Fénians en 1866, la milice est appelée pour servir mais le rôle de l’artillerie est limité. En réalité, l’engagement le plus notable entrepris par l’artillerie est celui où la Welland Canal Field Battery, jouant le rôle d’infanterie, défend le Fort Erie contre la force féniane revenant de sa victoire à Ridgeway. Sa courageuse résistance est vouée à l’échec dès le début, le nombre de ses artilleurs étant beaucoup moindre. Ceux-ci sont obligés de se rendre, mais pas avant de faire dans le camp ennemi plus de victimes que l’infanterie n’a souffert dans la débâcle de Ridgeway.

5. Après la Confédération, le Parlement du Dominion s’empresse d’améliorer l’organisation de défense du Canada. Un projet de loi sur la milice adopté en 1868 autorise la formation d’une milice de 40 000 hommes. En réalité, les dispositions de la loi élargissent le système milicien, alors en application en Ontario et au Québec, vers les deux nouvelles provinces de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick. Dès 1870, 10 batteries de campagne et une trentaine de batteries d’artillerie de garnison sont déjà formées. En Grande-Bretagne, la pression pour rendre les colonies responsables de leur propre défense est particulièrement forte et, en 1871, toutes les troupes britanniques au Canada, à l’exception des garnisons de Halifax et d’Esquimalt, sont retirées.



1004. Formation de la Force permanente du Canada – 1871

1. L’élément permanent du Régiment royal de l’Artillerie canadienne est né le 20 octobre 1871 à la formation des batteries A et B de l’artillerie de garnison de Kingston et de Québec respectivement. Ces deux batteries représentent la création de l’Armée permanente (Force régulière) du Canada. Elles servent aussi d’écoles d’artillerie pendant les premières années. Bientôt, les écoles fournissent à l’artillerie de la Milice des sous-officiers et des artilleurs bien entraînés de bonne trempe. Grâce à cela, l’artillerie s’édifie comme la branche la plus efficace du Service de la milice canadienne et acquiert une fierté en soi qu’elle n’a jamais perdue depuis.

2. Le 30 août 1883, avec l’autorisation de la Batterie C, le Régiment de l’Artillerie canadienne voit le jour. La batterie est servie à Victoria en 1887. Les hommes de la Batterie C sont vraisemblablement les premières troupes à accomplir la traversée transcanadienne sur le Chemin de fer Canadien Pacifique. Le 24 mai 1893, le régiment reçoit la distinction « royal ». Quelques mois plus tard, il est réorganisé en deux batteries de la Royal Canadian Field Artillery et en deux compagnies de la Royal Canadian Garrison Artillery. Ce changement entraîne une inactivité temporaire de la Batterie C, son personnel formant le noyau d’une des compagnies d’artillerie de garnison. La Milice active non permanente (MANP), composante du Régiment royal, reçoit le qualificatif « royal » en 1935.

3. Le 1er septembre 1905, la Royal Canadian Field Artillery est transformée en la Royal Canadian Horse Artillery (RCHA). Ces deux éléments, batteries originales de l’artillerie de la force permanente, sont perpétuées aujourd’hui comme les Batteries A, B et C, 1er Régiment, Royal Canadian Horse Artillery, et basées à Shilo, au Manitoba.



1005. Formation de la Police à cheval du Nord?Ouest – 1873

La formation de la Police à cheval du Nord?Ouest (PCNO) unit les artilleurs canadiens et la Gendarmerie royale du Canada (GRC) par un lien de parenté étroit. En automne 1873, le Lieutenant-colonel (plus tard Major-général sir) George A. French, premier commandant de la Batterie A, Artillerie de garnison, est nommé premier commandant de la Police à cheval du Nord?Ouest. Il forme, avec 32 artilleurs des Batteries A et B, le noyau du nouveau service de police. Ainsi, l’ARC devient dans un sens un parent de la GRC. French a avec lui 15 sous-officiers dont un Sergent Steele, (plus tard Major-général sir Sam Steele) de la Batterie A. Steele est bientôt commissionné et occupe un poste élevé dans la PCNO durant la ruée vers l’or du Yukon en 1898. Il revient servir dans l’Armée canadienne à titre de commandant du Lord Strathcona’s Horse, qu’il commande pendant toute la Guerre des Boërs.



1006. Le père de l’artillerie canadienne

1. Un collègue de French, le Lieutenant-colonel Thomas Bland (« Jingo ») Strange, premier commandant de la Batterie B, Garrison Artillery, est élevé au grade de major-général et devient Dominion Inspector of Artillery. Strange, connu sous le nom de « père de l’artillerie canadienne », joue un rôle important dans la formation de la Canadian Artillery Association, qui fournit un système d’inspection uniforme. La participation à des compétitions de tir nationales instaurées par l’association s’étend rapidement vers des rencontres à Shoeburyness, en Angleterre, où les équipes d’artillerie de la Milice canadienne s’avèrent des concurrents de taille pour les prix britanniques convoités. Les tournois non seulement augmentent l’efficacité mais développent aussi dans les unités indépendantes un brillant esprit de corps qui anime encore de nos jours le Régiment royal de l’Artillerie canadienne.

2. Son autobiographie, Gunner Jingo’s Jubilee, offre une série de tableaux fascinants sur les premières années de l’élément de la force permanente du Régiment – [traduction libre] « Au départ de la dernière légion britannique, la tâche de former la première garde de l’Artillerie canadienne m’est revenue. L’évacuation avait été si rapide qu’il n’y eut que quelques jours entre mon arrivée et l’embarquement de la garnison britannique; très peu de temps pour enrôler, armer, habiller et exercer la première garde de la citadelle. » L’équipement de la garnison de Québec aurait posé problème sans la manière très directe de Strange. Le gouvernement du Canada a espéré hériter de tous les matériels de la garnison, mais le gouvernement britannique a vendu tout jusqu’aux bois de lit à des marchands locaux. Strange résout le problème en empêchant ces derniers d’entrer dans la citadelle pour récupérer leurs achats. Les armes, les munitions et les uniformes sont repris de l’Artillerie volontaire de Québec. Strange rétablit rapidement sa garnison grâce à des exercices et pratiques. Il tient les Canadiens en très haute estime, sentiment qu’on lui rend ardemment en retour.

3. En sa capacité d’Inspecteur du Dominion, Strange visite toutes les unités de l’artillerie, menant des inspections qui, d’après ses nombreux rapports, sont des plus minutieuses. Il se rend très vite compte que l’entraînement et l’efficacité de l’artillerie laissent beaucoup à désirer et commence à réorganiser le régiment, en s’assurant d’abord que sa propre maison est en ordre. Ses méthodes sont strictes, voire spartiates. Il conduit souvent de longues marches et des manœuvres en plein hiver, les artilleurs bivouaquant dans des tentes pour quinze personnes pesant 35 livres et faites de coton léger. Le Colonel C.E. Long décrit les méthodes de « Jingo » pour éprouver la vivacité d’esprit et l’efficacité en pleine nuit à Québec ainsi : [traduction libre]

« L’alarme sonnait pendant la nuit… et tout le monde se mettait en état d’alerte. Gare à la pauvre personne qui n’était pas présente à son poste, aux canons de la citadelle, ou qui ne savait pas ce qu’elle devait faire lorsque le commandant faisait son inspection quelques minutes après le son de l’alarme. »



1007. La Rébellion du Nord-Ouest, 1885

1. Les artilleurs canadiens se sont forgés une réputation dès le tout début. Le premier combat mené par les batteries de la Force permanente a lieu lors de la rébellion de 1885. En plus des batteries A et B, de nombreuses unités de l’artillerie de la Milice participent à ce combat. La Winnipeg Field Battery, rebaptisée plus tard la 13th Winnipeg Field Battery, fournit deux pièces rayées à chargement par la bouche (PRCB) de 9 livres et 49 officiers et soldats. Quatre cent membres de la Montreal Brigade of Garrison Artillery se postent à Regina, et des représentants des unités de campagne d’Ottawa et de Québec ainsi que de la garnison maritime sont employées activement.

2. Le 27 mars 1885, les batteries A et B reçoivent l’ordre d’avancer vers l’ouest en service actif. Sous le commandement du Lieutenant-colonel C.E. Montizambert, les deux batteries quittent Renfrew (Ontario) en train pour Qu’Appelle (Saskatchewan). À leur arrivée à Qu’appelle, elles se séparent. La batterie A, commandée par le Capt C.W. Drury, prend la direction nord avec deux PRCB de 9 livres et une mitrailleuse Gatling pour rejoindre la colonne de sir Frederick Middleton. La batterie B, commandée par le Major C.J. Short, se dirige vers le sud avec deux canons à âme lisse de 7 livres de la PCNO et une mitrailleuse Gatling, pour rejoindre la force du Lieutenant-colonel William D. Otter. La batterie B ne tarde pas à regretter d’avoir échangé ses PRCB de 9 livres contre les pièces de 7 livres, pensant que ces dernières seraient plus faciles à transporter. Malheureusement, l’affût de ces armes légères a tendance à s’affaisser pendant le tir.

3. Plus intéressantes que les détails des batailles durant la rébellion sont les rigueurs subies par les troupes allant vers l’ouest. William Van Hope du CFCP a promis de soutenir pleinement le déplacement des troupes partant de l’est vers les Prairies. Il garantit leur arrivée à Fort Qu’appelle en 11 jours malgré les 105 milles de ruptures de chemin de fer au nord du lac Supérieur. Il tient parole, et c’est grâce au chemin de fer que la rébellion est aussi vite réprimée. L’artillerie est la première à partir. Des rails doivent être posés sur la neige dans la mesure du possible, sinon, les hommes roulent en carriole ou marchent. Description du voyage par un membre d’une batterie : [traduction libre] « Nous devions marcher, d’un pas lourd et traînant, dans une neige épaisse de 5 pieds – certains jours à des températures sous zéro – nous rattrapant sur des ruptures de voies ferrées à moitié rétablies, embarquant et débarquant au milieu d’une brousse, d’une forêt, de la neige ou d’un marécage gelé, jour et nuit, jusqu’à ce que nous ayons dépassé l’extrémité nord du lac Supérieur vers Port Arthur, traversant des endroits solidifiés du lac. (Une fois, les hommes à cheval se sont éloignés pendant des heures vers le lac, le guide ayant perdu son chemin); dormant une nuit dans une goélette vide prise par la glace dans le lac; toujours hantés par les 9 livres et leur affût et par l’équipement (carriole et roue); c’était la misère de la campagne ».

4. La batterie A est la première à combattre à Fish Creek le 24 avril, tirant par-dessus la tête des membres de l’infanterie, tandis que ses éléments se battent avec distinction dans ce rôle. Elle accuse des pertes, 3 tués et 12 blessés, lors de son premier combat. Elle va continuer à combattre dans la bataille à Batoche. La batterie B s’engage dans sa première bataille à Cut Knife le 2 mai. Elle réussit à défaire des attaques déterminées contre les positions de ses pièces; quatre de ses hommes sont blessés. Pendant le combat, une des pièces de 7 livres est hors service, sa flèche d’affût s’étant effondrée après son premier tir. Le Capitaine breveté (plus tard Major-général) Rutherford attache le second affût avec une corde et prie pour éviter l’incident, mais le canon doit être soulevé et remis sur son affût après chaque tir. La bataille de Cut Knife marque la première fois que les soldats canadiens utilisent la mitrailleuse et la dernière fois dans l’histoire canadienne que les arcs et flèches, dont certains des plus jeunes braves sont armés, sont utilisés.



1008. La Yukon Field Force 1898 – 1899

La découverte d’or dans le Yukon en 1896 provoque une ruée de mineurs et de spéculateurs. En 1898, un décret autorise la formation de la Yukon Field Force pour aider la PCNO à maintenir l’ordre public. La force de 203 hommes est composée en grande partie de 133 soldats du Royal Regiment of Canadian Infantry et de 46 artilleurs de la Royal Canadian Artillery (14 de Kingston et 32 de Québec). Après maintes difficultés, la force atteint enfin ses deux destinations principales, Fort Selkirk en septembre et Dawson City en octobre. Commandée par le Lcol T.D.B. Evans, elle effectue des tâches de garnison et d’autres fonctions habituellement accomplies par les agents de police et de douane.



1009. La Guerre des Boers, 1899-1902

1. Pendant l’intervalle entre la rébellion et la Guerre des Boërs, le Régiment se modernise considérablement sous la tutelle du Major (plus tard Major-général) C.W. Drury. Lors d’une affectation en Grande-Bretagne, Drury a prêté une attention particulière aux récents changements dans la discipline de tir et aux progrès techniques. Commandant le camp Deseronto, il infuse beaucoup plus de réalisme dans l’instruction et, en misant sur les compétitions, pousse la milice à accroître son efficacité. Ses contributions lui méritent le nom de « père de la moderne artillerie au Canada ». Le régiment lui doit beaucoup. Il l’amène dans l’ère moderne et, en réalité, lui fournit la base de savoir dont il aura besoin au début de la Première Guerre mondiale. C’est la période où l’artillerie progresse à grands pas et où le Canada paie sa part en achetant des pièces à obturation par la culasse (12 livres), prêtes pour l’exercice de tir en 1897.

2. Peu après le début de la guerre entre la Grande-Bretagne et les républiques boëres du Transvaal et de l’État libre d’Orange, deux contingents canadiens sont expédiés en Afrique du Sud sous la pression publique. Trois batteries d’artillerie de campagne, armées de pièces de 12 livres, sont formées en une brigade relevant du second contingent. Les trois batteries d’artillerie, désignées comme batteries C, D et E, convergent respectivement vers Kingston, Ottawa et Québec. Chacune d’elles est formée de membres de la Royal Canadian Artillery (force permanente) et de personnel issu des unités de la milice locale. À la tête de la brigade se trouve le Lcol C.W. Drury.

3. À certains égards, la Guerre des Boërs est frustrante pour les artilleurs canadiens. Sa nature ne permet pas de grouper les batteries pendant que Drury dirige le poste de commandement. Elle donne toutefois des leçons précieuses. Par exemple, les techniques de tir indirect dérivent des actions de cette guerre. On avance que c’est l’adresse au tir des Boërs qui en est la cause mais, en fait, la généralisation de l’usage du fusil entre n’importe quelles mains aurait suffi pour mettre fin à l’ancienne tactique qui consiste à courir vers l’ennemi et à l’accrocher à découvert.

4. La batterie C fait partie de la Rhodesian Field Force et participe à la délivrance de Mafeking puis aux opérations dans l’ouest du Transvaal. Les batteries D et E font partie au départ de la Carnarvon Field Force et assurent ensuite des tâches de lignes de communications sur les principales voies ferrées vers Kimberly. Plus tard, la batterie E se joint à la colonne Gruiqualand et subit des pertes, un tué et huit blessés au combat à Faber’s Putt. C’est la batterie, parmi les trois, qui subit les plus grosses pertes au combat, le total pour la campagne étant de un tué et 11 blessés au front.

5. La batterie D se joint à l’armée principale de Lord Roberts en opération dans l’est du Transvaal. C’est à Leliefontein qu’a lieu un combat historique gagné par une poignée d’hommes du Royal Canadian Dragoons et de la section gauche de la batterie D (les artilleurs sous la commande du Lieutenant (plus tard Major-général) E.W.B. Morrison de la 2nd Ottawa Field Battery). Ils se défendent contre une attaque de quelque 200 Boers menée à moins de 70 verges de leur position. Trois membres des Dragoons reçoivent la Croix de Victoria pour ce combat, et le Lt Morrison, l’Ordre du service distingué (DSO). La pièce utilisée se trouve aujourd’hui au Musée canadien de la guerre. Ce qui suit est un extrait du Supplementary Report, Organization, Equipment, Dispatch and Services (rapport complémentaire de l’organisation, de l’équipement, de l’expédition et des services) des contingents canadiens durant la Guerre des Boers en 1899-1900, présenté par le commandant de la batterie D, RCFA, au CC division de brigade de la RCFA, le 9mars 1901 :

[traduction libre] « Il s’est vite avéré que les Boers s’étaient considérablement renforcés depuis hier. Le Col Lessard du Royal Regiment Canadian Dragoons et deux Royal Canadian Guns, ces derniers commandés par le Lt Morrison, protégeaient l’arrière, et je salue avec grande admiration la bravoure déterminée qu’ils ont tous démontrée pour tenir l’ennemi loin du convoi et de l’infanterie.

Dans un télégramme félicitant le Gén Smith-Dorrien du succès de ses opérations, Lord Roberts déclare : ‘Le Col Lessard et ses Canadiens ont eu une tâche difficile en gardant l’arrière de votre marche de retour et il mérite, ainsi que tous ceux qui étaient avec lui, un grand honneur.’

Le Gén Smith-Dorrien recommande ensuite une certaine marque de faveur spéciale de Sa Majesté pour la compétence et le sang-froid avec lesquels le Lt Morrison a combattu et sauvé enfin ses canons.’ L’Ordre du service distingué lui est décerné comme il se devait.

Pendant les deux jours de combat, la section a épuisé 240 munitions. »

6. Dans la Force régulière, le service et les traditions des batteries C, D et E sont perpétués par les batteries du RCHA du même nom. À cause de l’importance de la contribution de la 7e Batterie à St Catharines, la 10e Batterie, 56e Régiment d’artillerie de campagne RCA, qui lui succède logiquement, continue le service sud?africain de la batterie C dans la Force de réserve. En raison de la contribution d’un commandant de batterie, d’une section de l’artillerie et de leur conduite distinguée à Leliefontein, la 2e Batterie de campagne du 30e Régiment d’artillerie de campagne ARC, perpétue le service sud-africain de la batterie D dans la Force de réserve.

7. L’aspect le plus gratifiant du premier service de la Royal Canadian Artillery à l’étranger est la reconnaissance accrue de la part des gouvernements canadien et impéria,l qui maintenant non seulement accordent des crédits supplémentaires, mais aussi reconnaissent l’excellence atteinte par le régiment.



1010. Le tournant du siècle – L’avant-guerre

1. L’année 1906 termine un long chapitre de l’histoire militaire canadienne et britannique. Outre les batteries A et B, la Force permanente du Canada comprend maintenant cinq compagnies d’artillerie de garnison, formées en 1905 et 1906 pour remplacer les britanniques en partance à Halifax et à Esquimalt. De nombreux artilleurs des batteries britanniques qui se retirent quittent l’armée impériale pour servir dans les nouvelles unités canadiennes. En 1905, l’artillerie de la milice se réorganise, groupant les batteries en dix brigades.

2. L’un des plus importants progrès accomplis avant la Première Guerre mondiale, du point de vue du Régiment royal, est l’acquisition du grand secteur d’entraînement à Petawawa. La routine familière des camps d’instruction d’été en temps de paix pour l’artillerie de la milice, présidée par les artilleurs réguliers, devient encore une fois une caractéristique de l’instruction de l’artillerie canadienne. Petawawa donne à ces instructions une portée auparavant impossible. Il y aura sous peu de nouvelles pièces de 13 et de 19 livres avec leurs systèmes de frein de tir et de visée modernes. Le tir indirect devient un aspect régulier de l’instruction.

3. Même si elle n’est pas dispensée très souvent, l’instruction des artilleurs canadiens pendant l’avant-guerre est essentiellement bonne. Les équipements sont modernes, sans aucun doute. La pièce de 18 livres restera en service jusqu’au début de la Seconde Guerre mondiale. D’un point de vue tactique, la dimension des champs de tir de Petawawa permet une marge de manœuvre, et la méthode de tir indirect avec ses exigences météorologiques et d’autres considérations techniques comme les communications et la télémétrie sont devenues familières aux Canadiens.

4. Les changements dans les techniques et les équipements émanent en grande partie des expériences acquises en Afrique du Sud. Avant cette campagne, les canons ne sont pas attribués pour appuyer une arme particulière. Lorsque la Royal Canadian Artillery Field Brigade est renommée la Royal Canadian Horse Artillery (RCHA) en 1905, une pratique britannique est adoptée. Il est décidé qu’à l’avenir, les batteries de la Horse Artillery galoperont avec la cavalerie, tandis que les batteries de campagne épauleront l’infanterie qui se déplace beaucoup plus lentement. Des commandes pour des pièces à obturation par la douille de 13 livres pour le RCHA et de 18 livres pour l’artillerie de campagne de la Milice sont passées au Royaume-Uni.

5. L’expression « à obturation par la douille » s’applique à une pièce tirant une munition encartouchée et équipée d’un mécanisme de frein de tir. La munition encartouchée pour canon est utilisée pour la première fois au début des années 1890, après que le sac de soie à bluter qui contenait la charge (propergol) est remplacé, pour certaines pièces à obturation par la culasse, par une douille en laiton qui se dilate lorsque mise à feu, enfermant ainsi les gaz à la culasse. Dans cette innovation, la douille des pièces de petit calibre est fixée au projectile, et la « munition encartouchée » qui en résulte accélère l’approvisionnement de manière considérable.

6. Les pièces de 13 et de 18 livres dérivent elles-mêmes de l’assemblage d’une pièce Armstrong en acier fretté (canon et culasse) accouplée à un système de frein de tir Vickers, et de dispositifs de visée et de pointage fabriqués dans les usines de la Manufacture royale d’armements. Ces deux pièces tirent des coups de shrapnels et des projectiles explosifs. L’absence de coupe-fils est inquiétante, car l’action des fusées utilisées en ce temps-là n’est pas instantanée, ce qui fait que le projectile s’enfonce dans la terre avant d’exploser. L’explosion et les fragments sont projetés dans l’air, ne causant qu’un dommage minime aux objets à la surface. L’arrivée de la fusée instantanée no 106 à la crête de Vimy en 1917 résout le problème.

7. La pièce de 18 livres entre en service dans le sillage d’une controverse politique. Le essais complets des quatre premières batteries de tir sont effectués en 1903 et démontrent que les pièces sont toutes deux satisfaisantes. Mais avant que le comité britannique chargé de l’équipement formule sa dernière recommandation d’adopter la pièce de 13 livres pour la Royal Horse Artillery (RHA), et la pièce plus lourde pour l’artillerie de campagne, des problèmes surviennent à la Chambre. Un député laisse entendre que la performance de la pièce de 18 livres n’étant pas suffisamment supérieure à celle de l’arme plus légère, les frais de fabrication de deux équipements différents ne sont pas justifiés alors qu’un seul suffirait. L’indécision qui s’ensuit ne se résout que lorsque le premier ministre, M. Balfour, vote pour le maintien de la pièce de 18 livres. Son choix sera amplement défendu lorsque, pendant la Première Guerre mondiale, la pièce de 18 livres tire 100 millions de munitions comparativement aux 1,5 million de la pièce de 13 livres. Les deux types d’armes seront utilisés par l’artillerie canadienne durant la Première Guerre mondiale.



1011. La Première Guerre mondiale, 1914?1918

1. Des 44 000 artilleurs environ enrôlés pendant la Première Guerre mondiale, quelque 38 000 servent à l’étranger. Le reste sert dans des dépôts, des batteries côtières et à titre d’instructeurs dans les écoles d’artillerie. À la fin de la guerre en 1918, le Canada aura fourni cinq artilleries divisionnaires, une brigade de campagne d’armée, une batterie antiaérienne et trois brigades d’artillerie de garnison (incluant deux batteries lourdes). La RCHA Brigade, d’abord commandée par le Lieutenant-colonel Panet, puis par le Lcol W.H.P. Elkins, fait partie de la Canadian Cavalry Brigade (Brigade de la cavalerie canadienne). Cette brigade sert dans le Corps d’armée canadien et aussi dans le Indian and British Cavalry Corps. Deux batteries de campagne canadiennes servent dans le nord de la Russie et une en Sibérie, combattant les Bolcheviques jusqu’au tournant de 1919. Une compagnie de défense côtière est affectée dans l’île de Sainte-Lucie, dans les Antilles britanniques.

2. Les armements utilisés par les artilleurs canadiens pendant la guerre sont la pièce de 13 livres par le RCHA; la pièce de 18 livres et l’obusier de 4.5 po par l’artillerie de campagne; la pièce de 13 livres montée sur un camion par l’artillerie antiaérienne et les pièces lourdes de 60 livres, de 6 po, de 8 po et 9.2 po en garnison et par les compagnies d’artillerie lourde et de siège. Il y a aussi deux batteries lourdes de mortier de tranchée utilisant des mortiers de 9.45 po et quatre batteries légères de mortier de tranchée munies de mortiers Newton de 6 po.

3. L’attaque au gaz à Ypres, les batailles de la Somme, de Passchendaele, d’Amiens, d’Arras, de Cambrai et de Mons jalonnent la route foulée par les artilleurs canadiens, mais aucune bataille ne les voit briller plus que celle de la crête de Vimy, en avril 1917, où un grand sacrifice est récompensé par l’honneur national. On peut dire franchement que jusque?là, aucune offensive britannique n’a été planifiée aussi soigneusement que la future attaque menée par le Corps d’armée canadien.

4.« L’artillerie conquiert et l’infanterie occupe. » C’est le principe qui sous-tend les plans dressés pour l’assaut des positions allemandes jusqu’ici imprenables sur la crête de Vimy. L’expérience vécue à la Somme a exposé le besoin de préparer à fond l’artillerie contre des défenses solides. Cette fois, cependant, l’intention n’est pas de démolir toutes les tranchées de l’ennemi. Au lieu de détruire entièrement les réseaux de barbelés allemands, sauf dans les secteurs avant, le tir des pièces moyennes utilisant la fusée instantanée sur obus explosifs du nouveau no 106, ouvrira des passages à travers les barbelés pour l’infanterie d’assaut. Le bombardement initial sera dirigé directement vers les intersections des tranchées, les emplacements en béton des mitrailleuses et d’autres centres de résistance, entrées de tunnels et abris souterrains. À l’arrière, les carrefours, les dépôts temporaires de munitions et les voies ferrées secondaires feront l’objet d’une attention particulière. Le tir de harcèlement a fait ses preuves à la Somme; il sera maintenant utilisé chaque nuit pour s’assurer qu’aucunes troupes de relève ni groupes de transport ennemis n’empruntent impunément une voie d’approche à leurs tranchées. L’organisation et le développement de l’opération de contre-batterie (CB) sont dus en grande partie aux efforts du Lieutenant?colonel (plus tard Général) A.G.L. McNaughton. McNaughton ira chercher et neutraliser des canons ennemis dans une plus grande mesure que toute opération antérieure.

5. Le Général McNaughton doit se classer au plus haut rang des grands artilleurs que ce pays ait jamais produits, mais ne le voir qu’à travers cette opération ne lui rend pas justice. Sa grande compétence se manifeste dans de nombreux domaines d’activité. Son but principal dans la vie est le bien-être – total – des Canadiens et cela se reflète dans tout ce qu’il fait. Il se distingue par la dévotion exceptionnelle qu’il a pour sa patrie. Le domaine de la CB est nouveau et McNaughton, vu son bagage scientifique, compte parmi les quelques officiers des armées britannique ou canadienne qui sont assez perspicaces pour voir le potentiel du repérage par l’éclair et du repérage par le son. Sous son commandement, l’organisation de la CB du Corps d’armée canadien est modelée en la plus efficace organisation de son genre dans une armée. À une époque où les pertes se comptent par milliers par jour, l’infanterie canadienne est sauvée sans aucun doute par l’insistance de McNaughton à la soutenir totalement et continuellement par des artilleurs canadiens.

6. Le commandement général de l’artillerie dans l’opération est assigné à l’officier général commandant l’Artillerie royale du Corps d’armée canadien, le Brigadier E.W.B. Morrison. L’artillerie lourde au niveau du Corps compte au total cent quatre obusiers de 6 po, trente-six obusiers de 8 po, trente-six obusiers de 9.2 po, quatre obusiers de 12 po, trois obusiers de 15 po, cinquante-quatre canons de 60 livres et huit canons de 6 po.

7. Les commandants de l’Artillerie royale des quatre divisions canadiennes, en plus de leurs propres artilleurs, ont sous leur commandement des formations de l’artillerie britannique pour l’opération, soit quatre artilleries divisionnaires, sept brigades d’artillerie de campagne d’armée (c.-à-d. des régiments) et une brigade de la RHA. L’artillerie de campagne à la disposition des quatre divisions compte au total quatre cent huit pièces de 18 livres, vingt pièces de 13 livres (batteries A et B du RCHA et batteries C et K de la RHA), cent trente-huit obusiers de 4.5 po et vingt-quatre mortiers de tranchée de 9.45 po.

8. Durant les trente jours du premier bombardement, plus de 85 000 coups de munitions lourdes et 190 600 coups de munitions de campagne sont tirés. Pendant la phase II (du 2 au 8 avril), période que l’ennemi appelle la semaine de souffrance, un flux incessant d’obus de tous calibres pleuvent sur la tête des Canadiens dans les tranchées avant. Au matin de l’assaut (9 avril), plus d’un million de coups, d’un poids total de 50 000 tonnes, ont déjà frappé les positions allemandes, les transformant en un désert de cratères. Les feux de la contre-batterie – 125 900 coups – dans la semaine qui précède le 9 avril – prennent soin de 83 % des canons allemands, soit 212 environ.

9. Pendant l’assaut proprement dit, les artilleurs canadiens utilisent neuf pièces d’artillerie capturées de l’ennemi, en plus de leurs propres pièces. L’opération de Vimy reste un exemple classique de la percée délibérée contre des positions solidement préparées et de la capacité des forces d’assaut de consolider et de retenir ce qu’elles ont gagné. Vimy établit une nouvelle norme quant à l’état de préparation de l’artillerie, notamment dans la manière d’agir efficacement face aux puissantes contre-attaques de l’ennemi après la capture réussie de ses objectifs par l’infanterie.

10. Une astuce que les artilleurs canadiens utilisent avec efficacité pendant la Seconde Guerre mondiale a peut-être sa source à Vimy, où elle a servi comme défense contre les mesures de contre-batterie des Allemands. On savait que l’artillerie allemande utilisait l’aiguille proéminente d’une église derrière les lignes canadiennes comme point de réglage. La tour est soigneusement démontée par une nuit noire puis reconstruite exactement comme avant, mais sur un nouveau site assez loin pour envoyer tous les tirs qui y sont réglés à plusieurs degrés à côté de leurs objectifs.

11. La victoire durant la Première Guerre mondiale a coûté cher. Le Canada accuse 232 494 pertes au combat, dont 10 097 artilleurs. Des 59 544 morts, 2 031 sont des artilleurs. S’y ajoutent 534 artilleurs morts de maladie, de blessure ou d’accident, portant le nombre total de pertes fatales de l’artillerie canadienne à 2 565. Le record de décorations gagnées par les artilleurs canadiens pendant le conflit comprend 93 prix de l’Ordre du service distingué, 308 Croix militaires, 195 Médailles de conduite distinguée et 1 170 Médailles militaires. D’autres artilleurs canadiens, au nombre de 658, sont mentionnés dans des dépêches et certains d’entre eux ont reçu des décorations étrangères.

12. La guerre de 1914-1918 contribuera considérablement à la croissance et à l’efficacité de l’ARC. L’étroite collaboration entre l’artillerie et l’infanterie, exigence première de la guerre moderne, n’est mieux reflétée que par les relations fécondes qui lient les artilleurs et les armes qu’ils soutiennent au sein du Corps d’armée canadien. Le Général Currie ne cesse de chercher à exploiter toute la puissance possible des canons afin de sauver la vie des fantassins. Durant les deux dernières années de la guerre, lorsque la grave pénurie de munitions d’artillerie est terminée, les artilleurs canadiens ne se privent pas dans leur consommation de munitions pour fournir un soutien adéquat à l’infanterie d’assaut.



1012. L’entre-deux-guerres, 1919-1938

1. La Première Guerre mondiale va limiter le rôle de la Horse Artillery de manière certaine. En 1918, le gouvernement canadien inversera la décision prise par le Premier ministre Balfour en 1903 en faveur de deux différents types d’artillerie légère. Le contingent canadien revenant au pays ne rapportera pas ses pièces de 13 livres. Le ministère de la Défense décide de faire de la pièce de 18 livres l’arme régulière de l’après-guerre au Canada pour l’artillerie tant à cheval que de campagne.

2. La philosophie de « la dernière guerre » qui occupe la pensée du public après la guerre est le fruit d’une indifférence politique envers les affaires militaires, créant un climat presque vide de soutien quant aux dépenses pour la défense. Une décision est prise pour maintenir un noyau de jeunes officiers, sous-officiers (s/off) et spécialistes, autour duquel on peut rapidement construire en cas d’urgence. Ainsi, pendant l’entre-deux-guerres, l’artillerie de la force permanente est réduite et comprend la Brigade du RCHA, une batterie moyenne, des éléments côtiers et deux écoles d’artillerie. La Brigade du RCHA est basée à Kingston avec les batteries A et B, la 3e Batterie moyenne et la 4e Batterie antiaérienne (AA). La batterie C, Brigade du RCHA, est basée à Winnipeg.

3. Durant les années 20, le nombre des batteries d’artillerie de la Milice active non permanente augmente de 59 à 121. Elles s’entraînent au poste de commandement local chaque hiver et passent une semaine au camp d’instruction en été. Les unités sont réduites, souvent mal équipées, mais exaltées, à en juger par l’enthousiasme manifesté par la plupart aux compétitions annuelles favorisées par l’Association de l’Artillerie royale canadienne (AARC). Les camps sont dirigés par le RCHA et les écoles d’artillerie et se déroulent à Petawawa, à Shilo et à Sarcee.

4. En 1942, la Royal Canadian Garrison Artillery (RCGA) supprime le terme « Garrison » de son nom. Au même moment, les compagnies sont rebaptisées batteries de l’ARC. Diverses unités de la Milice subissent un changement de nomenclature et les termes CFA et CGA disparaissent des listes de la Milice.

5. En 1929, l’inévitable mais triste jour est venu où l’ARC est informée qu’elle va être mécanisée. Tout le monde s’est profondément attaché aux chevaux et chacun a reçu un numéro et un nom, ce dernier commençant par la lettre de la batterie. Rares sont les spectacles militaires plus émouvants et plus pittoresques que ceux d’une artillerie à cheval, et la foule vient toujours voir lorsque des batteries défilent dans les rues ou sur les routes. On raconte même que lorsque la batterie B s’est déplacée vers le camp Petawawa à l’été 1909, les habitants de Smiths Falls, en entendant qu’elle s’arrêterait aux abords de leur ville, ont acheté et installé 300 pieds de tuyauterie pour abreuver les chevaux.

6. La première unité à être mécanisée est la 3e Batterie moyenne, ARC. En 1929, elle reçoit quatre tracteurs Leyland à 6 roues pour remorquer ses pièces de 60 livres. Les batteries A et B de la Brigade du RCHA sont mécanisées en 1930. Ce n’est qu’en 1937 que la batterie C se sépare de ses derniers chevaux. En 1931, sept brigades d’artillerie de campagne, une brigade moyenne et une batterie moyenne sont placées dans l’organisme mécanisé mais elles attendront encore quelques années avant de recevoir leur équipement.

7. Entre 1922 et le début des années 30, lorsque les chevaux sont remplacés, les trois batteries du RCHA présentent le carrousel à de nombreux événements pour le public. Les exercices d’adresse très prisés sont basés sur le célèbre carrousel présenté tous les ans à l’Olympia par la RHA. Les carrousels visent trois buts. Démonstrations de couleurs frappantes, mouvements et habiletés précises, ils sont conçus pour stimuler et retenir l’attention du public sur l’armée, et l’artillerie en particulier. Ils servent à encourager le recrutement de jeunes gens pour qui les diverses compétences de l’artillerie sont spécialement attrayantes. Par-dessus tout, les artilleurs eux-mêmes trouvent que les carrousels forgent l’excellence dans la technique de diriger des équipes d’artillerie de six chevaux, et ils rehaussent le niveau du soin des chevaux et de l’entretien de l’équipement. Ils suscitent également chez les soldats un intérêt spécial en dehors du service de routine journalier en temps de paix. Partout où le carrousel est présenté, des milliers de spectateurs occupant tous les sièges s’émeuvent à la vue des équipes de six chevaux balançant leur armes et affûts lourds, faisant le tour de l’arène au galop de course. Le dernier carrousel se déroule à Winnipeg en 1933, organisé pour être présenté par la batterie C par le Capitaine « Ham » Roberts (qui, à titre de Major-général J.H. Roberts, commandera 19 ans plus tard les forces participant au raid sur Dieppe).

8. Suivant les progrès accomplis dans la guerre aérienne, l’élément antiaérien de la première force permanente de l’ARC est formé en 1937 à Kingston. Désigné comme la 4e Batterie d’artillerie antiaérienne, il est équipé de quatre pièces de 3 po, 20 quintaux et effectue ses premiers exercices de tir à Point Petre, sur le lac Ontario, à l’automne 1938. L’année suivante, il part à l’étranger, comme élément du 2e Régiment d’artillerie antiaérienne légère (AAL).

9. L’inexistence de dépenses militaires durant l’entre-deux-guerres a miné les forces canadiennes. Malgré la montée de la pression internationale depuis 1932, le ministère de la Défense entreprend la Seconde Guerre mondiale mal équipé pour le combat. Un rapport du ministre de la Défense en 1935 révèle une sinistre pénurie d’équipements modernes dans les trois services. Il faudra attendre trois ans avant que des plans soient mis en place pour un réarmement. En effet, les commandes d’armements sont malheureusement retardées ou annulées à cause de la montée de la crise en Europe. Comme il n’est pas pourvu de sa propre industrie militaire, le Canada doit attendre son tour pour disposer d’équipements modernes.



1013. La Seconde Guerre mondiale, 1939-1945

1. Lorsque la guerre éclate, les artilleurs canadiens s’entraînent encore avec les armes utilisées par leurs pères en 1918. Les forces mobilisées avec rapidité et efficacité admirables au début des hostilités devront attendre plusieurs mois avant d’être complètement dotées d’armes modernes.

2. Le 25 août 1939, étant donné la montée de la pression en Europe, des volontaires issus de la MANP sont appelés pour servir les moyens de défense des côtes et la 4e Batterie AA reçoit l’ordre de quitter Kingston pour Halifax. Le 10 septembre, le Canada déclare la guerre. En l’espace de deux jours, chacune des batteries de la force permanente envoie 25 de ses membres dans des villes partout au pays pour servir d’instructeurs adjoints en artillerie dans les unités d’artillerie de la Milice. Lorsqu’ils sont disponibles, des pièces de 18 livres et des obusiers de 4,5 pouces de la Première Guerre mondiale servent à l’école de pièce. D’autres unités doivent improviser et se servir de meubles de chambrée et d’un dessin de canon tracé à la craie sur le sol.

3. Dès le 3 décembre, la 1re Artillerie divisionnaire commence à se rassembler à Halifax et le 10 décembre, le premier convoi part pour l’Angleterre. L’instruction en Angleterre est ralentie au début par le manque d’équipement, qui bien vite commence à apparaître.

4. Les régiments d’artillerie de campagne (l’expression Brigade of Field Artillery (brigade de l’artillerie de campagne) est supprimée au début de la guerre) se modernisent, partant des pièces de 18 livres à des pièces de 18/25 et enfin aux nouveaux canons-obusiers de 25 livres et au Sexton automoteur de 25 livres. Les régiments moyens reçoivent des canons de 5.5 et de 4.5 pouces. Les régiments antichar (innovation de cette guerre) sont d’abord équipés de l’inefficace pièce de 2 livres, puis de la plus efficace de 6 livres, suivie du canon tracté de 17 livres, du canon automoteur de 17 livres et de la pièce automotrice américaine M10 de 3 pouces.

5. Les batteries antiaériennes légères (BAAL) sont équipées du canon fiable Bofors de 40 mm pour accrocher les aéronefs à basse altitude, tandis que les batteries antiaériennes lourdes (HAA) se défendent contre les aéronefs à haute altitude avec le canon de 3.7 pouces. Plus tard pendant la guerre, une fois que les Alliés ont établi leur supériorité aérienne, les canons antiaériens sont souvent employés avec un effet dévastateur dans un rôle au sol, soutenant les unités de l’infanterie.

6. La 3e Artillerie divisionnaire est spécialement équipée d’obusiers américains de 105 mm pour les premiers débarquements en Normandie. Elle revient à ses 25 livres plus tard. Vers la fin de 1944, la 1re Batterie de roquettes est formée et équipée de 12 lance-roquettes, chacun tirant 32 roquettes explosives. Les officiers d’artillerie prennent aussi la voie des airs avec la formation de trois escadres d’observation aérienne (OA). Ces pilotes d’OA tirent directement de leur aéronef Auster lorsqu’ils volent au-dessus des localités avancées défendues.

7. Le 1st Field Regiment RCHA (1er Régiment de campagne RCHA) (nouveau nom donné à la brigade du RCHA au début de la guerre) est le premier des régiments d’artillerie à « visiter » le continent dans la tentative infructueuse de freiner l’invasion de la France par les Allemands en juin 1940. Son séjour n’a duré que quatre jours et il a failli abandonner les armes lorsque le quartier général britannique a ordonné de détruire tous les armes et transports afin de s’assurer qu’il y avait assez de place pour évacuer le personnel. La détermination et l’entêtement du commandant, le Lieutenant-colonel J.H. Roberts, l’ont emporté et le régiment a été le seul à rapporter ses canons de campagne en Angleterre.

8. La première armée canadienne en Europe, commandée d’abord par le Général A.G.L. McNaughton, puis par le Général H.D.C. Crerar, tous deux officiers d’artillerie, aura comme principal appui-feu deux groupes d’artillerie de l’armée (GAA), cinq artilleries divisionnaires et deux artilleries du corps d’armée. L’ARC jouera finalement un rôle important dans la campagne en Sicile, en Italie et dans le Nord-Ouest de l’Europe.

9. Les éléments de la 2e Artillerie divisionnaire, préparés à servir toutes pièces allemandes capturées, débarquent à Dieppe en 1942. En 1943, les canons de la 1re Division supportent les chars et l’infanterie canadiens à travers la Sicile. Ensuite, dans l’Italie continentale, la 1re Artillerie divisionnaire, renforcée plus tard par la 5e divisionnaire et la 1re artillerie du corps d’armée, contribue à forcer un passage à travers la fameuse division de parachutistes allemands avant Ortona jusque dans les plaines de Lombardie en passant par les lignes Gustav, Hitler et gothique.

10. Le 6 juin 1944, les artilleurs de la 3e Division accompagnent la première vague d’infanterie d’assaut dans la « course » vers les plages de Normandie, tirant du pont de leurs engins de débarquement avec leurs obusiers automoteurs de 105 mm. S’ensuivront la percée, la poche de Falaise, la ruée le long de la côte de la Manche, la poussée à travers la Belgique jusqu’à l’Escaut, la percée vers le sud-est à travers le Hochwald et la bataille du Rhin. De nombreux barrages, concentrations et bombardements incessants ont servi à soutenir la 1re Armée canadienne dans ses cruels engagements avec les Allemands.

11. Au total, 89 050 officiers et soldats ont servi dans l’Artillerie royale canadienne pendant la Seconde Guerre mondiale. De ce nombre, 57 170 ont servi en Europe (y compris des artilleurs canadiens servant les moyens de défense antiaériens qui protégeaient les villes du Royaume-Uni), à Terre-Neuve, dans les îles Aléoutiennes et dans les Caraïbes. Le reste a servi au Canada dans l’Artillerie de campagne, notamment dans des unités de défense territoriale, de défense antiaérienne et de défense côtière, ainsi que dans des écoles et des dépôts. Le Canada dispose alors de trois artilleries faisant partie des 6e, 7e et 8e Divisions pour la défense territoriale. Une division du Pacifique, avec son artillerie divisionnaire, établie en 1945, composée de volontaires pour l’Extrême-Orient, s’entraîne au Canada et aux États-Unis à la fin de la guerre contre le Japon. Au terme de la guerre en 1945, une artillerie divisionnaire est instituée pour faire partie des forces d’occupation canadiennes en Allemagne.

12. À l’issue de la guerre, la puissance de feu d’artillerie à la disposition de l’Armée canadienne en Europe comptait au total :

    - 15 régiments d’artillerie de campagne (264 canons tractés de 25 lb, 48 canons AM Sexton de 25 lb, 48 canons AM Priest de 105 mm);

    - 6 régiments moyens (48 canons de 5.5 po, 48 canons de 4.5 po);

    - 7 régiments antichar (150 canons tractés de 17 lb, 150 canons AM de 17 lb);

    - 1 régiment d’artillerie lourde antiaérienne (HAA) (24 canons antiaériens de 3.7 po.);

    - 7 régiments AAL (60 canons tractés de 40 mm, 108 canons AM de 40 mm, 84 canons de 20 mm montés sur quatre roues);

    - 32 véhicules OP (VBC munis de 75 mm dans les régiments d’artillerie des 4e et 5e Divisions blindées canadiennes);

    - une batterie de roquettes (36 lance-roquettes Land Mattress).

13. Les progrès en artillerie jouent un grand rôle dans la victoire des Alliés pendant la Seconde Guerre mondiale. Si les armes de l’artillerie n’ont pas connu de changements radicaux depuis la Première Guerre mondiale, on note des améliorations évolutives dans la portée, l’efficacité des munitions, l’entretien et la mobilité des canons. Y compris la parfaite combinaison des caractéristiques du canon (grande vitesse initiale) et de l’obusier (haute trajectoire) dans les 25 livres, et la mise au point de l’artillerie automotrice. Les nouveaux types d’artillerie nés pendant la Seconde Guerre mondiale sont le canon antichar et la roquette de barrage (p. ex. le Land Mattress et le Nebelwerfer allemand).

14. Les artilleurs canadiens contribuent considérablement à certains progrès de l’artillerie. Citons entre autres la mise au point du sabot antichar détachable, qui permet de tirer avec les canons existants un coup à une vélocité beaucoup plus grande, capable de faire échec à des chars fortement blindés. Les Allemands ont construit un canon conique avec obus flèche qui augmente la vitesse des tirs mais use considérablement le tube; les tirs sont imprécis à cause des instabilités provoquées par la déformation du projectile comprimé à son passage dans le canon fuselé. Le Général Naughton résout le problème en mettant au point un petit obus pouvant être tiré par un canon de calibre plus grand. La différence de calibre est compensée par un pot de métal léger ou de plastique qui contient l’obus et joue le rôle de ceinture, stabilisant la vitesse de rotation du projectile. La partie avant du projectile est en effet tenue en place par une ceinture dentelée en trois pétales. Lorsque le coup est tiré, la forte pesanteur casse les dentelures et, à la sortie du projectile, la vitesse de rotation et la pression de l’air projettent les pétales vers les côtés tandis que la pression et la résistance combinées brisent le pot. Cette technique donne à un petit projectile, par exemple un obus de deux livres tiré par un canon de 25 livres, une plus grande poussée, donc une plus grande vitesse initiale et par conséquent une plus grande capacité perforante. Le 3e Régiment antichar ARC met à l’épreuve les sabots détachables à vélocité extrême (SVDS) en France en septembre 1944, et l’obus perforant à sabot est utilisé avec grande efficacité contre les blindés ennemis pendant tout le reste de la guerre. Ce type de munition, plus tard amélioré, constitue la principale munition antichar utilisée par les chars modernes. La différence se situe essentiellement dans la taille et la forme du projectile sous-calibré et son matériau de fabrication. Les matériaux utilisés aujourd’hui sont le carbure de tungstène et l’uranium appauvri.

15. Les Canadiens participent aussi au plus important développement de l’artillerie durant la guerre : la capacité d’un commandant allié de réduire rapidement à un seul objectif le feu d’une concentration massive de canons (d’une division, d’un corps ou même d’une artillerie). Cela nécessite la mise au point d’un sans-fil (radio) fiable et d’autres matériels de transmission, de méthodes d’inspection des canons plus efficaces, plus rapides et plus précises et de méthodes perfectionnées de conduite de tir, de communication par radio et de planification de tir. La mise en service de ce système requiert un haut niveau de compétence de la part de chaque troupe de chaque batterie. La plupart des concentrations tirées durant la guerre sont conduites au niveau des divisions, où l’ARC possède le feu de trois régiments de campagne et occasionnellement celui de flancs ou de formations supérieures. Les plus importantes batailles, contrôlées au niveau du corps ou de l’armée, engagent le feu concentré de 1 000 canons ou plus.

16. Un des nombreux exemples d’efficacité de l’artillerie canadienne et britannique fournissant un feu massif et précis se manifeste au début de février 1945 lors de l’Op Véritable – première attaque de l’armée canadienne provenant de Nimègue, au sud-est de la Rhénanie. Le Général Crerar doit mener une attaque frontale contre trois zones parfaitement fortifiées, chacune bien ancrée sur le Rhin. Les défenses comprennent deux et trois lignes de tranchées reliant des centres de résistance et renforcées par des fossés antichars. Les petites villes et les villages entre la deuxième et la troisième zone ont été considérablement fortifiés. L’objectif final du Général Crerar se trouve à 40 milles de ses lignes de front. En raison de cette profondeur, l’Op Véritable est planifiée en trois étapes séparées par un intervalle de temps suffisant pour regrouper l’infanterie et les blindés et assister l’artillerie jusqu’à portée des nouveaux objectifs. Le Général Crerar commande le 30th British Corps, tandis que le 1st British Corps fournit un point d’ancrage et de déception vers le sud. À cause de l’étroite distance entre le Rhin, au nord, et la Meuse, au sud, le premier assaut sera mené par les cinq divisions du 30th Corps (comprenant la 2e Division canadienne) et, à mesure que la distance s’agrandit, le 2e Corps canadien se joindra au flanc gauche.

17. Le soutien de l’artillerie à l’opération est considéré comme un facteur important de la victoire. Le plan de feux du 30th Corps est conçu pour faire profiter aux Alliés d’un avantage de 14 à 1 sur l’artillerie allemande et utiliser une canonnade massive pour ouvrir la voie à l’infanterie dans les défenses ennemies. Le plan de feux fait appel à ce qui suit :

- un bombardement préliminaire pour empêcher l’ennemi d’entraver le premier assaut;

- une saturation complète des défenses de l’ennemi;

- une destruction des positions bétonnées connues;

- un feu de soutien immédiat pour l’attaque;

- un feu maximum des régiments moyens sur les hauteurs de Materborn à 12 000 verges de la ligne de départ, sans qu’ils aient à avancer.

18. Les feux des sept artilleries divisionnaires seront renforcés par ceux des cinq artilleries royales de groupe d’armée, des deux brigades antiaériennes et des unités de l’artillerie du Corps et de l’Armée, pour un total de 1 034 canons (en plus des canons de 17 livres et des Bofors de 40 mm, qui seront utilisés avec les chars, les mortiers et les mitrailleuses pour pulvériser des objectifs choisis avec les « Pepperpot »). Tous les localités ennemies, quartier généraux et sites de communications sont ciblés. Six tonnes environ d’obus toucheront chaque objectif. Les défenses bétonnées du Materborn subiront les feux des canons de 8 pouces et de 240 mm du 3rd Super Heavy Regiment RA, se trouvant dans le secteur du 1st British Corps au sud.

19. Le plan de feux s’amorce avec le feu préparatoire de 5 h à 9 h 45 le jour J (8 février 1945). Il est suivi d’un barrage en bloc prévu pour soutenir les trois divisions centrales dans leur avancement. Le barrage restera soixante-dix minutes à sa position initiale, à une profondeur de 500 verges. À l’heure H, il se déplacera à 300 verges toutes les douze minutes pour favoriser la vitesse d’avancement de l’infanterie et des blindés sur le terrain difficile.

20. On ajoute un élément nouveau au plan de bombardement préliminaire. Entre 7 h 30 et 7 h 40, un écran de fumée sera tiré le long du front, suivi de 10 minutes de silence complet. On espère que l’ennemi, considérant l’écran comme prélude à l’assaut principal, engagera son artillerie, exposant ainsi les positions de ses canons. Les repérages par éclats, les repérages par le son et les enregistreurs à plume des batteries de repérage essaieront de situer les positions de la batterie ennemie, permettant à la contre?batterie de tirer pour neutraliser les canons ennemis exposés avant l’heure H.

21. Le 2e Corps canadien exécute un programme de dépôt massif de munitions avant l’assaut. Plus d’un demi-million de projectiles, pesant plus de 10 000 tonnes, sont mis en dépôt – 700 par canon sur les positions de pièces de campagne et 400 par canon sur les positions moyennes. De plus, 120 charges de camion par division, soit des munitions de 40 mm, de 17 livres, de 75 mm et de 12,7 mm sont mises en dépôt pour les besoins du « Pepperpot ». Plus de 10 000 roquettes de trois pouces sont apportées pour la batterie de Land Mattress.

22. Surprises par la férocité du bombardement préliminaire de plus de 500 000 coups de munitions diverses et immobilisées par le remarquable barrage, qui a épuisé plus de 160 000 obus, les troupes ennemies désorganisées offrent une faible résistance à l’assaut de l’infanterie et des blindés. L’efficacité des programmes de la contre?batterie et du contre-mortier se manifeste dans l’absence quasi totale de bombes et de mortiers lancés par les Allemands. La plupart des pertes, relativement faibles, chez les Alliés est plutôt causée par des mines que par l’artillerie ou par des feux d’armes légères. Le bombardement, selon ce que les interrogateurs ont entendu, a eu un effet dévastateur sur le moral et provoqué un sentiment d’impuissance et d’isolement, sans espoir de renforcement possible. Les feux de l’artillerie ont également réussi à perturber sensiblement les lignes de communication et de réapprovisionnement allemandes.

23. Le succès du jour est en grande partie attribuable aux facteurs contributifs des programmes de tir de pièces bien organisés, des munitions soigneusement triées, des données météorologiques bien améliorées et des pièces récemment calibrées. Ces grandes préparations ont réussi à donner à l’opération un appui d’artillerie efficace. Mais ce n’est pas tout. L’artillerie continuera d’appuyer les troupes avec des barrages, des écrans, un soutien direct et des feux de contre?batterie jusqu’à ce que l’ennemi soit finalement vaincu trois mois plus tard.



1014. Vigilance d’après-guerre

1. En mai 1945, l’ARC contribue trois régiments, un régiment antichar et un régiment AAL à la Division canadienne servant comme force d’occupation dans la zone d’occupation britannique. Elle y restera jusqu’en 1946. Une grande partie des unités restantes de l’Armée, activées pendant la guerre, sont mises hors service ou transférées à la Milice. En 1947, l’Armée active canadienne est formée avec un effectif autorisé de 25 000 membres, auxquels s’ajoute une Force de réserve de 50 000 membres. En 1946, le 1st Field Regiment RCHA est rebaptisé le 71st Regiment RCHA et déménage à Shilo, au Manitoba, lorsque cet emplacement est choisi comme site permanent du Royal Canadian School of Artillery (RCSA) (ou École de l’Artillerie royale canadienne (EARC) (campagne, moyenne et antichar).

2. L’artillerie des forces actives comprend le 71st Regiment RCHA, la 68th Medium Battery et la 127st Anti-Tank Battery à Shilo, les batteries des 128th HAA et 129th LAA à Picton, en Ontario et la E Section Signals (71st Regiment RCHA), Royal Canadian Corps of Signals. Outre l’école à Shilo, deux autres sont formées : la RCSA (AA) à Picton et la RCSA (côtière et antiaérienne) à Halifax en 1948. La 129th LAA Battery est rebaptisée HAA et déplacée à Esquimalt, en Colombie-Britannique, avec une section côtière d’instruction en artillerie – RCSA West Coast.

L’école à Halifax est rebaptisée RCSA East Coast la même année.

3. À la fin de 1950, l’organisation d’après guerre de l’artillerie de la Force active aura subi plusieurs changements. En 1949, le 71st Regiment RCHA reprend son nom du temps de guerre, soit le 1st Field Regiment RCHA. En 1950, il a sous son commandement la 1st Light Battery (parachutistes), qui deviendra la Battery Z, et est armé d’obusiers démontables de 75 mm et de mortiers de 4.2 pouces. L’importance croissante accordée à la défense aérienne entraîne la formation de quatre batteries d’artillerie antiaériennes mixtes, suite à la conversion de la 127th Anti-Tank Battery, des 128 HAA et 129 LAA et l’autorisation de la 119th Composite AA Battery. De plus, la RCSA East Coast reprend le nom de 49th Coast Battery, laissant les trois écoles d’artillerie à Shilo, à Picton et à Esquimalt.



1015. Le Conflit de Corée, 1950-1953

1. Le 2nd Field Regiment RCHA est formé à Shilo en 1950 comme élément de la Force spéciale de l’Armée canadienne destinée à appuyer les opérations de l’ONU en Corée (le terme « field » est supprimé du titre des unités RCHA en 1951). Des volontaires viennent du 1 RCHA, des écoles et de certaines unités d’artillerie de la Milice. Sur le train en route vers Fort Lewis, Washington, le 21 novembre 1961, survient une tragédie. Le train de la troisième troupe entre en collision frontale avec un train de voyageurs en direction est, tout juste à l’est de la rivière Canoe, en Colombie-Britannique. Les passagers du train allant vers l’est s’en sortent indemnes, mais du train des troupes, 17 artilleurs sont tués et 33, blessés, les deux premières voitures dans lesquelles ils se trouvaient étant tombées et détruites dans un talus. Quatre corps ne seront jamais récupérés.

2. Le 2 RCHA arrive en Corée le 4 mai 1951 avec 24 canons de 25 livres et engage son premier combat deux semaines plus tard. Dès mai 1952, la bataille menée pour appuyer le 25th Canadian Infantry Brigade Group, qui deviendra la 1st Commonwealth Division, 2 RCHA, a épuisé plus de 300 000 munitions et ce régiment est considéré comme l’une des unités les plus efficaces de la Commonwealth Divisional Artillery. Le 1 RCHA maintiendra cette réputation après avoir remplacé le 2e Régiment en mai de cette année-là.

3. La plupart des raids de la 25e Brigade sont menés par le 1er Bataillon, Royal Canadian Regiment (RCR), appuyé par la Batterie A, 1 RCHA. Une admiration mutuelle se développe entre la batterie et le RCR à tel point que l’emblème du RCR est peint sur les canons de la batterie. Ce fait est confirmé par une lettre du commandant du 1 RCHA, le Lieutenant-colonel E.M.D. (Teddy) McNaughton (qui adopte le nom de Leslie en mars 1953), adressée au commandant de l’infanterie. Un passage de la lettre hantera bientôt la batterie A : [traduction libre] « (…) si jamais le jour arrive, que Dieu nous en préserve, qu’un canon de la batterie A tire court sur le Royal Canadian Regiment, ce canon et la sous-section renonceront en conséquence, pendant vingt-cinq ans, à l’honneur et à la distinction de porter le drapeau et le chiffre du Royal Canadian Regiment ». C’est d’une franchise louable, mais c’est sans doute avec peu de regret qu’un mois plus tard, le diariste du régiment relate la renonciation de ce privilège par un canon de la batterie A. Aux yeux des membres embarrassés de cette équipe de pièce, 1977 devait assurément paraître lointain! Toutefois, deux ans plus tard, étant donné l’excellent appui sans faille du 1 RCHA au RCR, le commandant demande que la punition soit annulée. À partir de ce moment-là, la batterie A arbore avec fierté l’emblème du RCR sur tous ses canons.

4. Les 79e et 81e Régiments d’artillerie de campagne ARC ont été formés en 1951 et 1952 respectivement, par la mobilisation de six batteries de la Milice pour servir en Europe dans la brigade canadienne auprès de l’OTAN. Le 1 RCHA est transféré au 81e Régiment d’artillerie de campagne en avril 1953. Ce dernier sert en Corée jusqu’à neuf mois après l’armistice de juillet 1953. En novembre de cette année, il change de nom et devient le 4 RCHA dans le cadre d’une réorganisation de l’Armée canadienne, d’où est née la 1re Division de l’infanterie canadienne, au titre de l’engagement du Canada envers l’OTAN. Par la même occasion, le 79e Régiment d’artillerie de campagne, ARC est renommé 3 RCHA. Après avoir servi en Allemagne pendant deux ans, le 3 RCHA remplace le 4 RCHA en Corée au printemps de 1954. Le 3 RCHA reste en Corée pendant 29 semaines. Des 1 543 pertes au combat subies par l’Armée canadienne en Corée, l’artillerie compte un officier et huit hommes tués, 2 officiers et 25 hommes blessés et un officier et un homme capturés.



1016. L’Artillerie de la Force de réserve du Canada d’après-guerre

1. La Force de réserve (qui a remplacé l’ancienne Milice active non permanente) est aussi restructurée après la guerre, et l’élément artillerie est autorisé dans six divisions et troupes de corps. Il en résulte six quartiers généraux divisionnaires, ARC, huit régiments moyens, 20 régiments d’artillerie de campagne, huit régiments antichar, neuf régiments HAA, 18 régiments AAL, cinq régiments côtiers, deux régiments de topographes et neuf centres des opérations responsables des pièces.

2. Cette structure restera jusqu’en 1954 avant qu’une seconde réorganisation réduise sensiblement les effectifs de l’artillerie. Ainsi, l’artillerie côtière et l’artillerie antichar cessent d’exister, et l’artillerie de la Milice comprend dorénavant 21 régiments d’artillerie de campagne, six régiments moyens, trois batteries moyennes autonomes, neuf régiments HAA, deux batteries de défense portuaire, un régiment de repérage et une batterie de conduite de tir antiaérienne. Une dizaine d’années passeront avant que les éléments de l’artillerie de la Milice subissent de changements majeurs.

3. En 1959, le terme « artillerie » est permis dans le titre de chaque unité d’artillerie de la Milice, par exemple, 20e Régiment d’artillerie de campagne ARC.

4. Le 1er février 1968, les trois armées du Canada cessent d’exister comme entités séparées. Dans le cadre de l’unification, elles sont fusionnées en ce qu’on appelle les Forces armées canadiennes. Ce changement réduit sévèrement les effectifs de la Milice. Les unités d’artillerie de la Force de réserve sont converties soit en régiments d’artillerie de campagne et en batteries autonomes, retirées de l’ordre de bataille, soit en d’autres armes. Aujourd’hui, l’artillerie de la Réserve comprend 15 régiments d’artillerie de campagne, 2 régiments d’artillerie antiaérienne et 2 batteries d’artillerie de campagne autonomes. Une batterie antiaérienne (58 BAAA) supplémentaire fait partie du 6e Régiment d’artillerie de campagne ARC (6 ARC). Les régiments de campagne utilisent l’obusier tracté C3 de 105 mm, une version à plus longue portée du C1. Les régiments de défense antiaérienne et la 58 BAAA utilisent le système de missile de défense aérienne tiré à l’épaule, le Javelin S-15 (Starburst).



1017. Service à la brigade de l’OTAN, 1951-1992

En 1951, le 79th Field Regiment RCA rejoint le 27th Canadian Infantry Brigade Group (CIBG) dans le nord de l’Allemagne sous le commandement de la British Army of the Rhine (BAOR). Au lieu de la pièce de 25 livres, arme standard de l’artillerie de campagne au Canada, le régiment reçoit d’abord l’obusier tracté américain de 105 mm, pièce standard de l’OTAN à l’époque. Le régiment revient cependant à la pièce de 25 livres afin d’aplanir des problèmes d’approvisionnement et l’incompatibilité avec ses unités sœurs britanniques. Le régiment est cantonné à Hohne puis, plus tard, au Fort Prince-of-Wales, près de Soest, dans la vallée supérieure de la Ruhr. Rebaptisé 3rd Regiment RCHA en 1953, il est remplacé en novembre 1953 par le 2 RCHA lors de la permutation du 27 CIBG avec le 1 CIBG. Au cours des 13 prochaines années, les 1, 2, 3 et 4 RCHA iront à tour de rôle en Allemagne. En 1967, le 1 RCHA devient le régiment d’artillerie permanent en Allemagne comme élément du 4 GBIC (plus tard le 4e Groupe-brigade mécanisé du Canada – GBMC) au moment où l’Armée remplace ses véhicules de transport de troupes à roues par des transports chenillés). Le régiment déménage au sud dans la Schwarzwald (Forêt Noire) avec le reste du groupe-brigade en 1970 et devient la force de réserve du Groupe d’armées du Centre, basée à Lahr, en Allemagne. Il y restera jusqu’en 1992, lorsque le groupe-brigade commence à se retirer de l’Europe.



1018. Réarmement et réorganisation – Le milieu des années 1950 jusqu’à présent

1. À fin de 1954, la démarche pour une organisation d’artillerie divisionnaire, en plus des quatre régiments RCHA, inclut la formation d’un QG divisonnaire ARC, du 1er Régiment AAL, de la 1re Batterie de repérage et de l’escadrille d’Op aérienne no 1. Un autre corps se charge maintenant du tir antichar. Dans le secteur antiaérien, les systèmes de missiles sont en train d’être mis au point et la vitesse croissante des aéronefs semble impliquer que l’arme antiaérienne devient de moins en moins utile. Encore une fois, la défense commence à paraître trop coûteuse par rapport à d’autres investissements.

2. Une batterie d’instruction pour apprentis-soldats est établie à Shilo en septembre 1954. Le programme permet à des garçons de 16 ans de s’enrôler pour une formation tant scolaire que militaire. La batterie produira de potentiels sous-officiers jusqu’à sa fermeture en juin 1967. En 1956 est né The RCA Depot (dépôt de l’ARC) à Shilo, au Manitoba, qui assure l’instruction des recrues pour les unités d’artillerie de campagne et d’artillerie antiaérienne. C’est la source unique de recrues d’artilleurs jusqu’au 15 mai 1968, jour où le dernier escadron (le no 164) effectue son défilé de sortie.

3. Tôt dans les années cinquante, chacun des quatre régiments de la Force régulière est doté d’une quatrième batterie armée de mortiers de 4.2 pouces. Au milieu de la décennie, les régiments du RCHA retournent leurs pièces de 25 livres en échange de l’obusier tracté américain M1A1 de 105 mm (le C1 dans sa forme canadienne) et remplacent en 1958 le mortier de 4.2 pouces des batteries légères par des obusiers tractés moyens M114 de 155 mm. Les régiments de la Milice remplaceront leurs pièces de 25 livres par les nouveaux obusiers de 105 mm à mesure de leur disponibilité. En 1968, le 1 RCHA remplace ses canons tractés par des obusiers automoteurs M109A1 de 155 mm.

4. Le 1er Régiment antiaérien léger, ARC est formé en octobre 1953. Il comprend un QG et les 2e et 3e Batteries AAL et se trouve à l’EARC (antiaérienne) à Picton, en Ontario. La batterie restante, la 4e Batterie AAL, est à Esquimalt. Au début, le Regiment est équipé de Bofors de 40 mm, mais il les remplace en 1955 par des canons de 90 mm et du matériel de conduite de tir M33C. Les effectifs de la 4e Batterie AAL à Esquimalt sont réduits à zéro en 1957. Le reste du régiment continue à fonctionner pendant encore trois ans au cours desquels il contribue à instruire les artilleurs antiaériens de la Milice.

5. La modification de la politique de défense entraîne la dissolution du 1er Régiment AAL en septembre 1960. La majorité de son personnel forme deux nouvelles unités, les 1re et 2e Batteries de missiles surface-surface (MSS), ARC, à Hemer, en Allemagne (avec le 4 GBIC) et à Shilo respectivement. Chaque batterie est équipée de lance-roquettes Honest John de 762 mm. Le Honest John est une arme tactique nucléaire capable de porter une charge militaire nucléaire de 1 kilotonne sur une distance de 40 km. Ainsi commence le rôle nucléaire de l’ARC. Les batteries MSS resteront en service jusqu’en 1970, année où le Groupe-brigade canadien de l’OTAN voit son rôle réduit en importance et se trouve affecté au CENTAG.

6. Le 1er Régiment AAL et l’EARC (AA) à Picton étant fermés, la seule école d’artillerie qui existe est celle de Shilo. Celle-ci restera à Shilo jusqu’en 1970, année où elle est réinstallée à Gagetown avec les écoles d’infanterie et de l’arme blindée (le titre « royale » est supprimé du nom des diverses écoles de guerre lorsque les services sont intégrés en 1968). Les écoles forment l’École des armes de combat, qui relève du Centre d’instruction au combat, à Gagetown.

7. La formation en 1954 de la 1re Batterie divisionnaire de repérage à Shilo marque la réapparition d’une unité de repérage dans l’ordre de bataille de la Force régulière, après neuf ans d’absence. Après une existence courte mais fructueuse, pendant laquelle elle joue un rôle actif dans de nombreux exercices, la batterie succombe à une réorganisation générale de l’artillerie d’appui rapproché. Les unités de repérage sont, entre autres changements, décentralisées au niveau du groupe-brigade et chaque régiment RCHA au Canada est doté d’une batterie de repérage régimentaire faisant partie d’une « organisation de 5 batteries ». Le 30 avril 1958, l’effectif de la 1re Batterie divisionnaire de repérage est réduit à zéro. Elle est rétablie brièvement en 1965 et sa troupe de radar est équipée du nouveau radar anti-mortiers AN/MPQ/501. Au même moment, les batteries de repérage du RCHA et de la Milice disparaissent. La batterie rétablie se trouve à Winnipeg, où elle effectue des essais de drones et de repérage par le son avec le Conseil national de recherches du Canada. Une fois les essais terminés en 1968, son effectif est encore une fois réduit à zéro.

8. L’ordre de bataille de la 1re Artillerie divisionnaire, formée en 1953, est complété cette année-là par la première escadrille d’Op aérienne en temps de paix du Canada. L’escadrille d’Op aérienne no 1 est formée à Petawawa en 1953, suivie de l’escadrille d’Op aérienne no 2 à Shilo en 1954. Au début, les escadrilles sont dotées de l’aéronef de guerre britannique Auster Mark VI, puis vers la fin de 1954, elles sont rééquipées d’un Cessna L?19 construit par les É.-U. Un certain nombre d’officiers d’artillerie de campagne suivent des cours de pilotage à l’aéroclub de Brandon. Ils poursuivent ensuite une formation avancée à l’école de pilotage d’aéronefs légers à Rivers, au Manitoba. Ils ont pour rôle de fournir une observation, de la photographie, une liaison et une reconnaissance d’artillerie aériennes. En 1960, des troupes d’observation aérienne s’ajoutent aux quatre régiments de la RCHA (Gagetown, Petawawa, Shilo et Fort Prince-of-Wales, en Allemagne) et l’effectif des deux premières escadrilles est réduit à zéro. Les nouvelles troupes d’OP aérienne servent sous contrôle régimentaire jusqu’à ce qu’elles soient converties en hélicoptères Kiowa en 1970?1971 et ultérieurement annexées à l’escadron d’hélicoptères du Commandement aérien.

9. Dans la dernière partie des années 1960 et au début des années 1970, de nombreux changements toucheront le composant régulier du Régiment royal de l’Artillerie canadienne. Avec la formation du Régiment aéroporté du Canada le 8 avril 1968 est née 1re Batterie aéroportée, ARC. Elle reste à Edmonton en tant que batterie autonome jusqu’en 1977, année où le Régiment aéroporté est restructuré et déménagé à la BFC Petawawa. La 1re Batterie aéroportée est alors dissoute et la Batterie E, 2 RCHA, est renommée Bie E (Para).

10. Le 6 mai 1968, une unité d’artillerie de la Force régulière retourne à Québec après une absence de presque cinquante ans. Le 5e Régiment d’artillerie légère du Canada (5 RALC), le premier régiment francophone de la Force régulière, est formé autour du noyau d’artilleurs issus de la Batterie X du 3 RCHA. D’abord équipé d’obusiers tractés de 105 mm, il prend ses nouvelles couleurs en 1969, des obusiers démontables L5 de 105 mm. Au cours des années suivantes, le L5 servira aussi dans le rôle aéroporté et dans les batteries de la Force mobile du CAE des 2 et 3 RCHA. Le 3 RCHA se trouve maintenant à Shilo et le 15 juillet 1970, l’effectif du 4 RCHA à Petawawa est réduit à zéro. La plupart de ses équipements et de son personnel est transférée directement au 2 RCHA, lequel est déménagé de Gagetown à Petawawa. Un second achat de M109 en 1977 équipe le 3 RCHA. Ce sont des versions revalorisées du M109 dotées, entre autres améliorations, d’un tube plus long. Elles seront modernisées deux fois par la suite.

11. En 1975, deux batteries antiaériennes d’aérodrome sont réactivées en Allemagne, la 128e Batterie aérienne d’aérodrome ARC à Baden-Soellingen et la 129e Batterie aérienne d’aérodrome ARC à Lahr. Elles sont toutes deux équipées de canons Boffin de 40 mm et de missiles de défense aérienne à très courte portée (DATCP) Blowpipe. Le Boffin est une version hydraulique navalisée du Bofors de 40 mm, canon standard de la Seconde Guerre mondiale. Ils ont été récupérés des dragueurs de mines déclassés et du porte-avions Bonaventure. En 1976, le 1 RCHA et le 2 RCHA reçoivent chacun un ensemble de Blowpipe. En 1976, les unités stationnées en Allemagne sont augmentées grâce à la formation de deux batteries de suvol : la batterie H dans le 3 RCHA et la batterie V dans le 5 RALC.

12. Au milieu des années 1980, le projet de défense aérienne à basse altitude (DABA), qui s’avérera jusqu’ici le projet isolé le plus coûteux pour l’Armée (1 milliard de dollars), a entraîné l’achat d’un des systèmes de défense antiaérienne à courte portée (DAACP) vraisemblablement les plus efficaces du monde. En 1985, la troupe de défense aérienne du 2 RCHA est dissoute suite la réactivation de la 119e Batterie d’artillerie antiaérienne et à l’institution de l’École de l’artillerie aérienne à la BFC Chatham. En 1987, le 4e Régiment d’artillerie antiaérienne, ARC, comprenant les 127e, 128e et 129e Batteries AAA, est institué et basé à Lahr, en Allemagne. Les deux batteries de défense d’aérodromes sont équipées de quatre sections Skyguard (un radar de contrôle de tir Skyguard et deux systèmes de bitubes Oerlikon GDF-005 de 35 mm chacun) et un ensemble de 4 systèmes de missiles DAACP ADATS. La 127 BAAA, ayant reçu la mission d’assurer la protection AA du 4e GBMC, est équipée de 12 systèmes d’armes antiaérien et antichar (ADATS). La 119 BAAA est aussi rééquipée d’ADATS. Pendant cette période, trois unités de la Milice sont rééquipées comme artillerie de défense antiaérienne : le 18e Régiment AAA à Lethbridge, le 1er Régiment AAA à Pembroke et la 58e Batterie d’artillerie antiaérienne, 6 RAC, à Lévis (Québec). Chaque unité reçoit des Javelin S-15 en remplacement des Blowpipe.

13. En 1992, dans le cadre de la réduction des forces et du retour des unités de l’Allemagne, le 4e Régiment AAA, ARC voit son effectif réduit à zéro. Il est rétabli le 21 juillet 1996, à titre d’unité de la Force totale, avec un effectif réduit, composé en majorité de réservistes. Le QG et la 128e Batterie AAA sont basés à Moncton, et la 119e Batterie AAA et le 210e Atelier AAA, à Gagetown. Les équipements d’une troisième batterie sont placés à Cold Lake, en Alberta, avec un personnel de garde réduit.

14. Le 19 septembre 1981, l’École de combat, Artillerie royale canadienne (EC/ARC) est établie à Shilo, au Manitoba. Cette école indispensable fournit régulièrement au Régiment royal des soldats qualifiés et lui donne plus de temps pour s’entraîner aux tâches individuelles de l’unité. Elle restera active jusqu’en 1997, où elle sera dissoute et remplacée par un détachement d’artillerie beaucoup plus petit au Centre d’instruction du Secteur de l’Ouest.

15. En 1995, l’École de l’artillerie antiaérienne et la 119e Batterie AAA sont déménagées à la BFC Gagetown et en 1996, l’école de l’artillerie de campagne et celle de l’artillerie antiaérienne sont fusionnées pour constituer l’École de l’artillerie royale canadienne (EARC).

16. En raison de la réduction du personnel des Forces canadiennes en 1992, l’effectif du 3 RCHA est réduit à zéro. Suite à la dissolution du 4 GBMC, le 1 RCHA revient d’Allemagne pour remplacer le 3 RCHA à Shilo. Durant cette même période, les ressources en armes des trois unités d’artillerie rescapées de la Force régulière sont redistribuées, donnant à chaque régiment une combinaison d’obusiers M109 et d’obusiers C1 de 105 mm. En 1997, les obusiers C1 des unités de la Force régulière sont remplacés par un nouveau canon léger à longue portée de 105 mm, le LG1 français.



1019. Opérations hors guerre

1. Les membres et les unités du Régiment royal de l’Artillerie canadienne servent dans presque toutes les missions de maintien de la paix auxquelles le Canada prend part depuis le début des années 1950. Les engagements du combattant individuel envers les Nations Unies durant les deux dernières décennies sont nombreux. Les artilleurs ont servi au Congo, en Égypte, sur le plateau du Golan, à Hanoï, à Saïgon, au Laos, en Afghanistan, en Iran, en Iraq, en Namibie, en Afrique du Sud, en Amérique centrale, au Mozambique, en Croatie et en Bosnie, pour ne citer que quelques-uns. De plus, pendant plus de vingt ans, l’ARC a envoyé à Chypre des batteries et des régiments à tour de rôle avec d’autres unités de l’Armée. Il y eut également des déploiements individuels et de sous-unités en Bosnie et à Haïti pour les récentes missions d’imposition de la paix de l’OTAN.

2. À l’été 1991, le 5 RALC est déployé à Montréal pour aider les autorités civiles dans la crise d’Oka à laquelle participe sa brigade d’appartenance. Les éléments du 4e Régiment AAA y participent aussi. Au printemps 1997, tous les régiments de l’artillerie aident à combattre l’inondation au Manitoba et en janvier 1998, ils offrent de l’aide au lendemain de la pire tempête de verglas du siècle, en Ontario et au Québec.

3. Depuis 1962, les artilleurs du RCHA de Shilo assument des tâches de prévention d’avalanches dans le col Rogers, en Colombie-Britannique. En vertu d’un accord conclu avec les ministères des Affaires du Nord et des Ressources naturelles, le régiment basé à Shilo fournit chaque année, du 1er décembre au 1er avril, un détachement d’obusiers C1 de 105 mm. Des coups explosifs sont tirés à des endroits critiques sur 27 milles de route dans le parc national des Glaciers, afin de faire descendre la neige accumulée avant qu’elle ne provoque une avalanche majeure.

4. Au printemps 2000, le 1 RCHA devient la première unité d’artillerie de campagne canadienne à déployer ses canons sur un théâtre opérationnel depuis la Guerre de Corée. La batterie C est déployée comme compagnie de carabiniers au sein du Groupement tactique 2 PPCLI durant l’Op Palladium en Bosnie. La batterie A suit peu après avec six obusiers LGI de 105 mm, remplaçant une batterie de tir légère britannique. En fait, la batterie A servira comme batterie de tir et assurera des patrouilles d’infanterie au besoin. La batterie A est remplacée en octobre 2000 par la batterie B qui, à sont tour, est remplacée en mars 2001 par une batterie issue du 2 RCHA.



1020. La guerre du Golfe – 1991

1. Le 9 août 1990, la 119e Batterie d’artillerie antiaérienne, ARC déploie une troupe de systèmes de missiles Javelin DATCP pour assurer une protection antiaérienne supplémentaire aux trois navires de guerre engagés par le Canada en appui aux forces onusiennes durant la guerre du Golfe. Le Javelin a été acheté en très peu de temps en prévision de cette opération pour remplacer le missile Blowpipe désuet. En raison des ressemblances générales entre les deux armes, les détachements sont formés en l’espace de deux semaines pendant qu’ils sont en transit vers le Golfe. La Royal School of Artillery à Larkhill (R.-U.) offre une équipe d’instructeurs d’artillerie qui dispense une instruction du tir pendant la traversée de l’Atlantique. Un exercice de tir réel réussi a lieu lorsque les navires atteignent les Açores au début de septembre.

2. Chaque navire est armé d’une section de Javelin, les NCSM Athabaskan et Protecteur recevant chacun quatre détachements alors que le NCSM Terra Nova en reçoit trois. Les navires arrivent dans le golfe Arabo-Persique le 23 septembre 1990 et commencent à assumer des fonctions de patrouille de l’ONU, y compris arrêter et aborder des navires jour et nuit, dans le cadre de l’embargo imposé à l’Irak. En janvier 1991, les navires sont chargés d’organiser le réapprovisionnement de la Force multinationale. Le NCSM Protecteur est le seul navire ravitailleur qui restera dans le théâtre pendant toute l’opération.

3. Durant sa période de service, la troupe de Javelin ne tire aucun coup offensif car les alliés ont vite immobilisé la Force aérienne de l’Irak. L’opération permet à la troupe de perfectionner ses compétences en reconnaissance aérienne et ses méthodes de commandement et contrôle dans un milieu d’opération très tendu qui ne ressemble à aucun de ceux pour lesquels elle a été entraînée. Elle rentre au Canada avec les navires le 13 mars 1991.

4. Trois officiers d’artillerie canadiens servent activement durant la guerre du Golfe en tant que stagiaires dans l’Armée britannique. Le Major Dave Marshall commande la 127 (Dragon) Field Battery RA, batterie de huit canons M109, qui fait partie du 2 Field Regiment RA mixte. Le 2 Field Regiment épaule la 4th Armoured Brigade, 1st British Armoured Division. Pendant les quatre jours de combat, la batterie du Major Marshall tire plus de 2 500 projectiles de 155 mm sur les divisions blindées de deuxième échelon irakiennes. Le Major Marshall est le seul Canadien qui ait donné à une division une mission de tir sur l’ennemi depuis la Guerre de Corée. Le Capitaine Brian Travis est employé au quartier général de l’artillerie divisionnaire comme officier de liaison auprès de la 7th US Corps Artillery, et le Capitaine Jeff Willis sert d’officier d’état-major au quartier général de l’artillerie divisionnaire.



1021. Les corps de musique de l’Artillerie

1. De nombreux corps de musique sont associés à l’ARC, mais la plupart ont été formés par les régiments eux-mêmes et ne seront pas traités dans ce document. Deux musiques d’artillerie constituaient toutefois des unités en elles-mêmes dont une existe encore aujourd’hui.

2. La Musique, Artillerie royale canadienne (M/ARC) a ses racines à Québec. En 1879, la Musique de la batterie B de l’Artillerie royale canadienne est devenue la première musique militaire permanente du Canada. Elle se composait de nombreux professionnels de la musique venant de France et d’Angleterre et constituait un orchestre de fanfare favori du Québec. En 1899, elle devient The Royal Canadian Artillery Band of Canada. Elle est reformée en 1947, en 1968 et encore une fois en 1994 en raison du Programme de réduction des forces. En 1994-1995, la M/ARC adhère au programme « Le Canada se souvient », dont le but est de souligner la contribution du Canada à la Seconde Guerre mondiale. Elle part ainsi en Asie, en Angleterre, en Belgique et en Hollande, de même qu’en France où elle représente le Canada lors des commémorations du jour J. En 1996, elle joue un rôle essentiel à la célébration du 125e anniversaire du Royal Regiment, parcourant le pays, jouant à des cérémonies d’unités et donnant des concerts publics. La même année, elle déménage de la BFC Montréal à la BFC Valcartier. La M/ARC est l’une de six musiques militaires de la Force régulière. C’est une harmonie qui compte trente-cinq musiciens professionnels. Une cérémonie tenue le 4 décembre 1997 (jour de la Sainte Barbe) marque le déménagement de la M/ARC à la garnison d’Edmonton où elle est basée actuellement.

3. La Musique du RCHA est autorisée à Kingston en octobre 1905 comme moyen d’attirer des recrues pour le RCHA. Elle compte initialement 25 membres. Au cours des vingt années suivantes, elle prospère sous la baguette accomplie du chef de musique A.L. Light, ancien membre de la British Imperial Army. Pendant la Première Guerre mondiale, elle contribue apparemment si bien au recrutement qu’on refuse à ses membres l’occasion de servir outre-mer. Elle est présente à l’inauguration du Mémorial de Vimy en 1936 et au cours de sa tournée européenne, elle joue au palais de Buckingham devant le roi Edward VIII. Après la guerre, elle s’installe à Winnipeg et durant les douze dernières années de son existence, elle voyage beaucoup au Manitoba, en Saskatchewan et dans la région de Lakehead, jouant à des réceptions militaires et civiques et donnant de nombreux concerts publics. Elle interprète son chant du cygne au tattoo du Centenaire en 1967. Elle est dissoute l’année suivante, par suite de l’intégration des Forces canadiennes.



1022. Les célébrations du 125e anniversaire – 1966

1. L’année 1996 marque le 125e anniversaire de la Force permanente, composante du Régiment royal de l’Artillerie canadienne et des Forces canadiennes, formée en 1871 par la création des batteries A et B. Le Régiment royal célèbre cet événement historique par des activités menées dans tout le pays par les unités d’artillerie de la Force régulière, l’EARC et la M/ARC. Des célébrations régionales ont lieu à Brandon, au Manitoba (1 RCHA), à Kingston, en Ontario (2 RCHA), à Québec (5 RALC), à Moncton, au Nouveau-Brunswick (4 RAAA) et à Oromocto, au Nouveau-Brunswick (EARC). La M/ARC donne des concerts publics à chaque endroit et aide chaque unité à tenir une cérémonie de droit de cité chez elle. La batterie C renoue ses liens avec Esquimalt avec un excellent soutien de la part du 5e Régiment d’artillerie de campagne. Le poste de commandement et la 1re Batterie de services, RCHA renouent les liens du Régiment royal avec la PCNO (GRC) par une visite à Regina et une marche commémorative suivant le parcours du Général Middleton, de Fort Qu’Appelle à Batoche. Le 2 RCHA forme deux équipes de course aux canons, qui participent au Tattoo de la Nouvelle-Écosse et font la grande joie des foules. À Moncton, un défilé marque la remise en service du 4e Régiment d’artillerie antiaérienne ARC.

2. Le clou des activités de l’anniversaire sont les cérémonies nationales tenues à Ottawa (Ontario) du 6 au 7 juillet 1996, auxquelles participent les unités d’artillerie de la Force régulière. Le 6 juillet, quatre gardes de 100 hommes représentant les unités d’artillerie de la Force régulière défilent sur la Colline du Parlement. Un détachement à cheval de la GRC prend part à l’évènement, honorant les liens étroits de notre histoire. Le défilé se termine par un feu de joie de 125 coups tirés par des obusiers de 105 mm. Suit un défilé de matériels d’artillerie d’antan à aujourd’hui, avec à la tête une pièce à chargement par la bouche de 9 livres, datant d’environ 187. De la Colline du Parlement, une partie des troupes à pied, le détachement de la GRC et un contingent d’anciens combattants d’artillerie se rendent au Monument commémoratif de guerre du Canada pour une cérémonie en souvenir des compagnons disparus. La cérémonie est suivie d’une réception pour militaires de tous grades au Manège militaire de la place Cartier. Ce soir-là, le colonel commandant, le Brigadier-général Robert P. Beaudry, préside un dîner officiel au Château Laurier, suivi d’un brunch le lendemain. Pendant les deux jours, des étalages et des démonstrations de matériels à l’intention du public ont lieu à la Place des festivals. Il y a notamment une exposition spéciale de matériels d’artillerie anciens et modernes, parrainée par le Musée canadien de la guerre. Les fêtes connaissent un grand succès et rappellent à tous la richesse de l’histoire et des traditions du Régiment royal. Pour paraphraser le message prononcé par le colonel commandant à cette occasion : nous devons nous souvenir des fondements de notre histoire avec fierté et aller de l’avant armés du même esprit de dévouement et de professionnalisme que nos prédécesseurs. Leur souvenir est bien entretenu par les artilleurs d’aujourd’hui.



1023. Conclusion

Ce volume ne présente qu’une petite partie de ce que le Régiment royal a accompli. L’œuvre du Colonel Nicholson, The Gunners of Canada, comblera les lacunes. Il sera évident toutefois que la devise « Partout » est vraiment bien méritée. Le Régiment royal de l’Artillerie canadienne peut être fier de son passé et regarder vers l’avenir avec assurance.



1024. Références

Cette courte histoire est largement basée sur quatre publications :

a. Une publication de l’Armée canadienne, intitulée The Royal Canadian Artillerypar Edmond Cloutier, CMG, OA, DSP, Imprimeur de la Reine et Contrôleur de la papeterie;

b. Canadian Army Journal, numéros d’avril et de juillet 1955, A Gunner Centennial – A history of the Royal Canadian Artillery, 1855?1955;

c. The Gunners of Canada, volumes I et II, par le Colonel G.W.L. Nicholson, CD, publié en 1967 par l’Association de l’Artillerie royale canadienne;

d. RCHA – Right of the Line par le Major G.D. Mitchell, MC, CD, publié par le RCHA History Committee, 1987.