|
Presque tous les Canadiens connaissent
par cœur le poème intitulé « Au champ d'honneur », mais très peu savent que
son histoire est intimement liée à l'amitié de deux officiers de
l'Artillerie de campagne canadienne (Batterie D) – Edward « Dinky » Morrison
et John McCrea – qui combattirent ensemble à la Guerre de Boers et
partagèrent de nombreuses aventures lors de leur séjour en Afrique du Sud.
Dans la vie civile, Edward Morrison était journaliste et devint rédacteur en
chef du quotidien Ottawa Citizen, fonction qu'il occupa de 1898 à
1908. En 1908, il décida de s'engager dans les forces armées et gravit les
échelons de la carrière militaire pour atteindre le grade de
Lieutenant‑colonel (1914). Quant à John McCrae, il fit carrière dans
l'Artillerie militaire, où il se hissa au rang de Major, grade qu'il occupa
jusqu'au moment de quitter la vie militaire en 1904.
Lorsque la Grande Guerre fit
irruption, Morrison, à qui on avait confié le commandement de la 1re
Brigade de l'Artillerie de campagne canadienne, recommanda son ami McCrae à
la direction de la Brigade d'artillerie, mais ses supérieurs préférèrent lui
donner un poste de médecin. Morrison, qui avait déjà un officier de
médecine, décida de doter son unité d'un nouveau poste pour permettre à
McCrae de servir comme artilleur, ainsi qu'il le souhaitait. Fait
« chirurgien de brigade et commandant adjoint », John McCrea avait pour
fonction principale d'assister Morrison à diriger les manœuvres d'artillerie
et de voir au bon fonctionnement de l'unité, prêtant main forte au personnel
médical lorsque c'était nécessaire. Les deux camarades s'appréciaient
mutuellement et aimaient se promener dans les environs, à pied ou à cheval,
dès que leurs activités leur en laissaient le loisir.
Au printemps 1915, durant la
bataille qui fit rage sur le front ouest, McCrae, que la mort d'un jeune
officier d'artillerie du nom d'Alexis Helmer avait profondément ému, écrivit
un poème intitulé « In Flanders Fields » (traduction : « Au champ
d'honneur »). Il le montra à Morrison et jeta le papier au panier. Morrison
s'empressa de récupérer la copie et convainquit son ami de faire publier son
écrit. Le poème fut publié dans la revue Punch en décembre 1915.
Mais entre-temps, les deux
camarades avaient été séparés par les aléas de la vie militaire. McCrae,
promu Lieutenant‑colonel à l'été 1915, fut transféré au service médical, et
Morrison devint Commandant général des unités d'artillerie canadiennes sur
le front européen. Hélas, le 28 janvier 1918, John McCrae fut emporté par
une pneumonie. Quelques mois avant sa mort, il avait retranscrit son poème
en guise de souvenir pour son vieil ami « Dinky ». À l'enterrement de son
camarade, Morrison eut ces mots : « De tes mains nous avons repris le
flambeau; nous nous engageons à le porter haut afin que les morts puissent
enfin reposer en paix. » Il conserva précieusement en souvenir le manuscrit
du poème que lui avait confié son ami.
Après la guerre, probablement pour
récolter des fonds au profit de l'Association de l'Artillerie royale
canadienne, Morrison fit faire une plaque d'impression à partir du
manuscrit, sur laquelle il prit soin de faire figurer une correction que
John avait annotée sur l'un de ses vers. Le Major-général Sir Edward
« Dinky » Morrison mourut en 1925, à l'âge de 58 ans. La plaque d'impression
fut précieusement conservée par sa famille jusqu'à ce qu'elle en fasse don
au Musée de l'ARC, où elle sera préservée pour le bénéfice des générations
futures. Ce document est un témoignage durable de l'amitié qui a uni ces
deux soldats. Les personnes qui souscriront un don de 500 $ ou plus à la
campagne pour la préservation du patrimoine de l'ARC participeront à la
perpétuation de ce souvenir en recevant une reproduction encadrée du poème
de John McCrae, récemment réimprimé à partir de la plaque d'Edward Morrison. |